14 juillet 1790 à Brazey

Procès verbal de la Cérémonie du 14 juillet 1790 à Brazey

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Article proposé par Bruno Thiebergien (août 2003)

Aujourd'hui 14 juillet 1790, les habitants de Brazey ont été invités par la municipalité à se trouver sur la place publique afin de prêter à midi le serment civique qui doit réunir tous les citoyens de ce grand empire et n'en plus former qu'une seule famille de frères et d'amis.

La municipalité avait pris, le 10 juillet, une délibération pour annoncer l'ordre qui devait régner en cette fête qui doit faire époque dans les annales de la liberté: elle désirait même que ce jour fût chômé au moins la matinée.

La délibération, contre son attente, n'ayant été lue au prône par M. le Vicaire, qu'en partie, les habitants, sans être parfaitement instruits de l'intention des officiers municipaux, se sont cependant abstenus de travailler et se sont empressés d'assister à une messe solennelle qui avait été demandée par la municipalité.

Les officiers municipaux, le maire étant absent pour cause de maladie, se sont rendus à l'église sur les dix heures et demi en cérémonie, revêtus de leur écharpe et escortés par la milice nationale: ils ont pris dans le choeur la place qu'ils doivent occuper chacun selon leur rang. La messe a été terminée par "l'exaudiat" chanté au son d'instruments militaires. Ensuite ils se sont rendus dans le même ordre et toujours accompagnés de la garde nationale, sur la place publique, pour faire prêter le serment qui doit associer tous les Français à la gloire et à la conservation d'une constitution qui doit assurer leur liberté et leur bonheur.

Ensuite, la milice nationale a défilé et prêté serment en présence de la municipalité en levant la main et en disant: "je le jure".

La troupe n'ayant pu se compléter en raison du défaut de publication de la délibération entière de la municipalité, il a été impossible de mettre en ordre tous les habitants: plusieurs se sont présentés pour prêter le serment, ainsi que M. Perrot, curé, qui l'a prêté tel qu'il est exprimé dans la formule et a demandé qu'il en fut fait mention particulière dans le présent procès-verbal... Les habitants ayant été requis à différentes fois par le procureur de la commune de se présenter, la plus grande partie s'est présentée et unie par le même serment.

Cette fête qui avait été annoncée la veille par le son de toutes les cloches et le canon à neuf heures du soir, devait se passer dans l'union et la fraternité.

Le serment avait été prêté également au son des cloches et du canon. La cérémonie finie, plus de cinquante habitants se sont réunis pour manger ensemble en pique-nique sous une tente préparée sur la place: des pauvres y avaient été invités. Le repas s'est passé dans le plus grand ordre avec toute la gaieté qu'un jour si mémorable devait inspirer. Tous les officiers municipaux, les huit notables sans exception, étaient réunis avec ceux des habitants et des soldats de la garde nationale qui avaient souscrits. Pendant le repas, différentes santés ont été portées et célébrées au son du canon; celles de la nation et de ses représentants, du Roi, et plusieurs autres tant de la municipalité que des officiers de la garde nationale. A la fin du repas qui était abondant et servi avec profusion, où chaque convive était assis sans distinction, M. Thomas major de la garde nationale, qui s'était chargé du repas, a annoncé que son intention était de ne pas accepter l'argent qui avait été donné par chacun pour payer son écot, mais qu'il demandait que la distribution de cette somme soit faite aux pauvres, on a applaudi à cet acte de générosité. Un des convives (M. Philippon) a voulu partager cette bonne oeuvre en y ajoutant douze livres, et chacun a été flatté de s'être réuni et d'avoir ainsi contribué à une bonne oeuvre.

Le repas fini, la municipalité s'est réunie à la garde nationale, on a été visiter la communauté d'Echenon, et fraterniser avec elle: M. le maire et tous les habitants se sont distingués par la réception amicale qu'ils ont faite et cette union a été agréable aux deux communautés".

Source "Vieux papiers brazéens"