Vie à Brazey vers 1880 - 1900
Il y a quelques 150 ans, la vie était bien différente à Brazey-en-Plaine
La vie à Brazey vers 1880 - 1900 Il y a un siècle et demi A Brazey, en ce temps là...
Article proposé par Bruno Thiebergien avec l'aimable collaboration du père Ardiet et de Roger Pichon (Août 2003)
1) Voyager, se déplacer.
2) Distractions : auberges et cafés.
3) Alimentation.
4) Les moyens d'éclairage.
5) Ecole, médecin et médicaments.
6)Travaux des champs.
7)Quelques dates intéressantes.
A Brazey, en ce temps là...
1) Voyager, se déplacer
Il y a quelques 150 ans, la vie était bien différente à Brazey-en-Plaine que celle que l'on connaît aujourd'hui... Chronique d'un temps révolu....
A la fin du XIX ème siècle, la ligne de chemin de fer Dijon-Seurre est mise en service (20 juin 1882). Antérieurement, on ne disposait pour aller à Dijon, que d'une diligence, appelée "La voiture publique", appartenant à un entrepreneur d'Aiserey et qui, attelée à deux chevaux, faisait chaque jour le service de St-Jean-de-Losne à Dijon. Malgré le nombre assez restreint de places assises, cette voiture suffisait. Elle passait le matin à l'aller et revenait à la tombée de la nuit. Une autre voiture publique reliait Nuits-St-Georges à St-Jean-de-Losne, avec une halte à Brazey.
Le transport des marchandises était assuré par des messagers qui, avec leurs chariots ouverts, allaient plusieurs fois par semaine à Dijon. La voiture publique a été maintenue plusieurs années après la création de la ligne de chemin de fer qui, finalement, l'a supplantée.
On voyageait peu à cette époque, et il fallait un motif sérieux pour entreprendre un voyage à la ville.
Les magasins de Dijon avaient des commis-voyageurs qui venaient prendre les commandes et on livrait à domicile. Sur place, une boutique à l'enseigne "Rouenneries" fournissait les tissus nécessaires, et les cordonniers du pays confectionnaient entièrement et sur mesure les chaussures (souliers, brodequins...).
La bicyclette était inconnue.
Seuls existaient quelques bicycles ou vélocipèdes, avec roue d'avant de 1 m à 1,5 m de diamètre, et petite roue à l'arrière.
La marche à pied était en honneur. On allait couramment à St-Jean-de-Losne à pied, voire même à Auxonne... Les moins courageux prenaient un char à bancs. De ce fait, on sortait peu du pays.
2) Distractions : auberges et cafés. Pots de bière et "deux sous de goutte".
La TSF et le cinéma n'existaient pas, la seule distraction des jeunes et des vieux, était la partie de cartes ou de quilles, au café. On y faisait d'interminables parties (manille, piquet, tarots) en buvant force bouteilles de limonade ou de bière: des "pots de bière". Aussi y avait-il plus de cafés (des "auberges" comme on disait) que maintenant.
C'est ainsi, en prenant pour exemple la rue Neuve (actuellement rue de Verdun), qu'il y avait le café de la Renaissance (vraisemblablement "Au Bon Accueil" actuellement), l'auberge Frizon, l'auberge Denis (avec billard). Cette dernière était le rendez-vous des noces: on allait danser dans la grande salle avec tribune pour les musiciens, à l'étage du bâtiment sis dans la cour.
Plus tard fut installé un petit café avec l'enseigne des vieilles auberges d'autrefois "On sert à boire et à manger"... Nos grands parents allaient dans ces auberges boire leur vin blanc matinal. Ils y allaient le dimanche matin avant d'aller à la petite messe, coiffés de leur beau bonnet de coton... Beaucoup commandaient, chaque matin, "deux sous de goutte" qu'on leur servait dans un grand verre d'eau (c'était le plus souvent l'eau-de-vie de betteraves) et dans laquelle ils trempaient un morceau de pain. C'était leur déjeuner après l'assiette de soupe. Les petites épiceries-merceries étaient également plus nombreuses. On y trouvait un peu de tout dans ces petites boutiques: on était du reste peu exigeant...
3) Une alimentation plus pauvre.
Beaucoup n'allaient jamais chez le boulanger, car dans bien des maisons, il y avait (et il y a encore) une chambre à four. On "chauffait le four" une fois par semaine et on y faisait de belles miches de pain qu'on mangeait rassis (parfois même un peu moisi) sans oublier avant d'entamer une miche d'y faire le signe de croix avec le couteau.
Quant à la viande, on en mangeait beaucoup moins qu'actuellement. Dans bien des familles, on réservait en effet la viande de boucherie pour le dimanche, jour du pot-au-feu. Le plus souvent, c'était le plat de haricots avec du lard, et la potée, qui composaient le menu, et le soir, une copieuse soupe, avec beaucoup de pain, très épaisse, ou des gaudes. Peu de vin à table, sauf les dimanches. On faisait, l'été surtout, des boissons diverses, bière avec de l'orge et du houblon, ou de la piquette avec des fruits divers.
4) A la fin du XIXème siècle, les moyens d'éclairage étaient très rudimentaires.
Les lampes à pétrole étaient un luxe. On utilisait communément des lampes à huile: il y en avait de très jolies. Sur certaines d'entre-elles, on montait la mèche à l'aide d'une épingle. Bien entendu, on n'était pas tenté de faire de longues veillées sous la lampe. Les femmes (les vieilles surtout), se réunissaient cependant tantôt chez l'une, tantôt chez l'autre, le soir, assises ou dehors en été, ou encore autour d'un poêle ou de la cheminée en hiver. Chacune racontait les petites nouvelles, les petits potins de la journée. Puis on rentrait chez soi, en s'éclairant avec un falot. Pour se coucher, on allumait une chandelle. Il faisait froid dans la chambre, aussi nos veilleuses avaient-elles fait chauffer une ou deux briques qu'elles mettaient dans leur lit, ou une bassinoire comme on en voit encore aujourd'hui de très belles, en cuivre... Avant de se coucher, on ne manquait pas de faire sa prière devant un crucifix orné d'un petit rameau de buis. A noter que dans bien des familles, on disposait d'une petite bouteille d'eau bénite qu'on conservait précieusement...
5) Ecole, médecin et médicaments. La salle d'asile et le rebouteux.
L'école des filles était tenue par des soeurs. Il n'y avait pas encore d'institutrices. Elles étaient chargées de donner non seulement une bonne instruction, mais aussi une éducation chrétienne parfaite.
L'école maternelle se trouvait dans "la salle d'asile", comme on disait alors... A cette époque, la paroisse a été dirigée successivement par deux bons curés, les abbés Ménétrier et Grognot.
Il n'y avait à Brazey qu'un médecin. Pendant un certain nombre d'années, le médecin était appointé par la commune et les malades ne payaient pas les visites. Néanmoins, on n'abusait pas de cette situation, et on n'avait recours au médecin qu'en cas de maladie sérieuse...
Jusqu'en 1885, il n'y eut pas de pharmacie à Brazey. Mais chacun avait chez lui une petite herboristerie. On envoyait dans les champs les enfants en quête de plantes médicinales en vogue: de la centaurée, du "grimont " (chiendent) dans les "étoules" par exemple. On avait, en effet, souvent recours aux infusions. Chaque ménage avait également sa petite fiole de teinture d'arnica, pour les cas de contusions, et une bouteille d'huile dans laquelle macéraient des fleurs de millepertuis pour soigner les plaies. En cas de luxation, on allait chez un rebouteux, qui opérait avec rapidité, mais non sans douleur...
On n'allait jamais chez le dentiste: c'était un voyage d'aller à Dijon. Les dentiers étaient inconnus. Aussi, que de bouches édentées !... Le médecin intervenait dans les cas difficiles. Des charlatans, dans les foires, "arrachaient" les dents, sur la place publique.
La "Babonne des boeufs". Il y avait une sage femme. Elle a exercé à Brazey pendant de longues années. Elle avait un surnom familier, dite "Babonne des boeufs", et était renommée pour son habileté et ses soins dévoués. La coutume voulait qu'à chaque baptême, la sage-femme soit invitée au repas et porte elle-même l'enfant dans ses bras, aux fonds baptismaux...
6)Travaux des champs Enfin, les cultivateurs étaient plus nombreux qu'actuellement.
La propriété agraire était plus divisée, et les cultivateurs de cette époque ne disposaient d'aucune machine agricole. Tout s'effectuait à bras. Les semailles se faisaient à la main, en un geste auguste, et la moisson s'effectuait à la faux, ou à la faucille pour les femmes. On battait les céréales aux battoirs des 3 moulins alors en action. Le métier était pénible, mais le moral était bon. Nos anciens, avec leur vie rude et simple, sans ambition, se trouvaient heureux: ils ne connaissaient pas la ville et ses plaisirs, et restaient profondément attachés à leur vie ancestrale...
7)Quelques dates intéressantes.
- 1784, commencement des travaux de construction du canal de Bourgogne.
- 14 février 1790, entrée en fonctions de la première municipalité constituée par élections, composée de François Carlet (maire), l'abbé Thomas (procureur de la commune), 5 officiers municipaux et 12 notables. A noter la cessation à cette date des fonctions d'Echevins qui, auparavant, administraient la commune.
- 1825, graves inondations le 6 décembre (près de 200 maisons inondées).
- 1827 création du cimetière actuel (antérieurement, le cimetière était situé sur la place autour de l'église).
- 1833, grand incendie de la rue Neuve, dite aujourd'hui rue de Verdun.
- 1837 à 1839, construction de l'église.
- 1853, construction de la mairie actuelle et des écoles y attenant.
- 20 juin 1882, mise en service de la ligne de chemin de fer entre Dijon et Seurre, avec une seule voie.
- 1896, remplacement des soeurs par des institutrices à l'école des filles (Mlle Mouillon, première directrice d'écoles).
- 1900, création de l'usine du Tissage.
- 1904, acquisition par la commune au marquis d'Angerville du château du baron du Mesnil, décédé en 1884.
- 27 novembre 1910, obsèques de Joseph Magnin à Brazey.
- 10 mars 1944, chute d'un avion militaire anglais, en flammes, près de la route d'Aubigny-en-Plaine...