L'histoire de Brazey en Plaine, de l'antiquité au début du XXème siècle

Le patrimoine brazéen à travers son histoire

Vu depuis la route départementale 968, Brazey en Plaine n'a rien de très attrayant. Ce gros bourg qui s'étire dans la plaine dijonnaise sur près de six kilomètres, à la fois agricole et industriel et qui paraît ne pas avoir de centre... Il n'en est rien en réalité et son patrimoine naturel et culturel façonné par 2000 ans d'histoire mérite d'être découvert.

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L'histoire de BRAZEY EN PLAINE, de l'antiquité au début du XXème siècle

 

 

Château DUMESNIL Chapelle et pigeonnier

 

I - L'antiquité :

Pour certains, le nom de Brazey viendrait d'un certain Brasius, propriétaire d'une villa au temps de la Gaule romaine. Il est cependant plus communément admis que Brazey tirerait son nom du mot gaulois Bractus ou Bracos qui signifie marécages. Ceci démontre toutefois une occupation très ancienne du site de Brazey.

Le territoire brazéen, il est vrai, est situé sur une importante voie de communication reliant l'axe Rhône-Saône et le seuil de Bourgogne (Châtillonnais et Auxois), passage obligé avec la Champagne et le Bassin Parisien. Il est notamment traversé, à l'Est, par une ancienne voie romaine dont le tracé rectiligne est encore visible dans le « bois de Montot ».

Si aucun vestige de bâtiments de cette époque n'est visible, u ne importante nécropole gallo-romaine a cependant été découverte au XIXème siècle. Des stèles funéraires qui en proviennent, peuvent être admirées au musée archéologique de Dijon. L'une d'elle a été insérée dans le pignon d'une maison de la rue du Brévail.

II - Le Moyen Age :

On ne sait que peu de choses du haut Moyen Age. Le nom de Brazey est cité pour la première fois dans un document de l'abbaye de Cîteaux datant du début du XII ème siècle.

Au XIII ème siècle, Brazey en Plaine est p ropriété des ducs de Bourgogne. Le village était défendu par un important château fort dont il ne reste malheureusement aucune trace. Il semble qu'il se situait en bordure de la Biètre. Les châtelains sont des fonctionnaires nommés par le duc pour administrer ses terres. Ils ont en charge notamment la tenue des comptes (les registres de comptes peuvent être consultés aux archives départementales à Dijon et constituent une source historique importante pour l'histoire locale).

Les duchesses de Bourgogne possédaient également, à Brazey, un haras et des terres constituant leur domaine particulier.

Une légende bien ancrée à Brazey voudrait que Marguerite de Bourgogne, femme du roi de France, Louis X le Hutin, y aurait été propriétaire d'un relais de chasse : le bâtiment en briques, situé près de l'actuelle église, doté de curieuses tuiles faîtières en forme d'animaux. Il convient de préciser toutefois que ce bâtiment, certainement très ancien, a fait l'objet de réaménagements importants entre le XVIIème et le XIX ème siècles et n'a plus l'aspect d'un édifice médiéval.

Au XIV ème siècle, le village abrite un grenier ducal, preuve de la vocation céréalière d'une partie des terres. L'exploitation forestière constitue aussi, comme l'élevage, une part importante des revenus du domaine.

A la mort de Charles le Téméraire, Brazey passe dans le domaine royal ; les châtelains chargés de l'administration du domaine sont donc des fonctionnaires dépendant du pouvoir royal.

III - De la Renaissance au XVIIIème siècle :

De la Renaissance, il ne reste guère que le magnifique bénitier (classé monument historique) et l'impressionnate piéta dans la chapelle Notre Dame de Pitié, située route de Dijon. Cette chapelle, reconstruite en 1739 remplace un édifice plus ancien dont le bénitier et la piéta sont vraisemblablement issus. La piéta ou Vierge de pitié (qui a donné son nom à la chapelle) est une statue imposante couvrant entièrement l'abside du choeur. Elle a une hauteur de 1,40m, sans le socle et représente la Vierge soutenant le corps de son fils. Une inscription en partie effacée ferait remonter cette statue à 1531.

Si le début de la Renaissance constitue une sorte d'age d'or, la fin de cette période est surtout marqué par les guerres de religions. C'est dans ce contexte de guerre civile que le Duc de Nemours, pourtant catholique comme les brazéens, assiège Brazey et prend le château, commettant au passage quelques exactions… On ne peut être étonné que, dans ces conditions, la Bourgogne se rallie si facilement à Henri de Navarre, le futur Henri IV.

La guerre de trente ans et l'incursion de l 'armée de Gallas en 1636 constitue une période particulièrement dramatique pour tout le Val de Saône en général et Brazey en Plaine en particulier.

La guerre de trente ans (1618 à1648) a pour origine l'opposition religieuse entre catholiques et protestants et embrase d'abord l'Europe centrale. Le conflit tourne, dans sa dernière partie, en une guerre entre français et « impériaux », c'est-à-dire partisans de l'Empereur d'Autriche alliés aux Habsbourg d'Espagne. Les armées sont alors composées, en grande partie, de mercenaires qui, le plus souvent se payent sur les populations civiles, pratiquent le pillage et commettent les plus épouvantables exactions. Tel est le cas de l'armée de Matthias Gallas, italien à la solde des impériaux. En 1636, formée de 10 000 hommes, venant de la Franche-Comté alors espagnole, cette armée dévaste le Val de Saône. Gallas assiège Saint Jean de Losne mais n'y entrera jamais, grâce l'action conjuguée des héroïques défenseurs de la ville, de la venue de l'armée française et… d'une inondation arrivée fort à propos.

Brazey participe à la défense de Saint Jean de Losne en versant une contribution financière et en logeant des troupes. Cependant, la cité dû subir les représailles des « impériaux » : les troupes espagnoles du Marquis de Grana pillent et brûlent le village. Le château est alors totalement détruit. De nombreux habitants sont tués ou doivent fuir. En 1637, le village est pratiquement vide puisque les registres paroissiaux ne mentionnent que quatre baptêmes pour toute l'année. En 1644, Brazey ne compte plus que 130 habitants tous, semble t'il, fort misérables.

 

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IV - Du XVIII ème au XXème siècle : l'essor économique

L'essor véritable de la cité n'a lieu qu'à partir du XVIII ème siècle avec le développement de l'agriculture puis de l'industrie. Il est lié également à l'aménagement des voies de communications qui traversent le bourg : la route mais aussi le canal de Bourgogne, dont les travaux débutent en 1775 mais qui ne sera totalement achevé qu'en 1860. En ce qui concerne Brazey, le canal est mis en service entre Saint Jean de Losne et Dijon dès 1809. La voie ferrée viendra après : la ligne reliant Seurre à Dijon sera inaugurée le 20 juin 1882, une seconde voie doublant la première est mise en service en 1900.

Le développement industriel a lieu dès le milieu du XVIII ème siècle. A cette époque Brazey compte des moulins à céréales et à huile, des tuileries mais également des forges. En 1826, la famille Philippon construit, dans ses forges, un haut fourneau qui utilise le minerai de fer local. Cette petite industrie sidérurgique périclite pourtant dès le milieu du XIX ème siècle lorsque se développe l'industrie lourde du Creusot ou de Lorraine. Des industries agro-alimentaires la remplacent, sucreries et distillerie notamment, liées à la culture de la betterave. Le haut fourneau est démoli en 1856 et remplacé par une sucrerie. La distillerie fonctionna jusqu'à 1935 environ.

Toutes ces industries utilisent le charbon de bois comme source d'énergie. Les charbonniers qui le produisent dans les forêts voisines, reçoivent le surnom de « gueules noires », surnom qui désignera ensuite tous les brazéens.

L'industrialisation de la commune se développe encore au cours du XX ème siècle. En 1900, l'alsacien Alfred Marchal fait construire une usine de tissage à la place d'une tuilerie. L'usine fermera ses portes en 1996, victime de la mondialisation. Le tissage était l'industrie phare de Brazey ; pendant tout le XXème siècle il employait une nombreuse main d'oeuvre et plus particulièrement une main d'œuvre féminine. Sur le site se sont installées aujourd'hui les entreprises CERMEX, AMME et AMSTEIM.

En 1913 est mis en service la sucrerie Lanvin par le brazéen Edouard Broituzet. Elle cessera son activité en 1960 et sera remplacée par la malterie.

En 1947 s'implante à Brazey une fabrique de levures : la F.A.L.A. Le site de cette usine désaffectée est actuellement occupé par une casse automobile.

V - Le XIX ème siècle : la transformation d'un village rural en petit bourg

Dès le début du XIX ème siècle, le village se modernise et se transforme en véritable bourg. C'est à cette époque notamment que la vieille église qui tombait en ruines est remplacée par la vaste église Saint Rémi. Cet édifice de style néo classique comportant des éléments empruntés à la Renaissance, est dû à l'architecte Petit. Sa construction a débuté en 1835 et s'est achevée en 1840. Toutefois, si l'on en croit la fiche établie par les services du ministère de la Culture lors de son classement au titre des monuments historiques, une partie de la voûte s'étant écroulée en 1848, elle fût reconstruite quelques années plus tard.

L'église a été classée monument historique le 10 mars 1995 ; elle est remarquable par sa taille, la belle unité de son architecture et la qualité de sa construction et de ses sculptures. Elle renferme un très bel orgue et d'intéressants tableaux du XVII ème siècle.

C'est en 1853 que sont édifiés, en bordure d'une place publique, le presbytère, les écoles et la mairie. Tout comme l'église, les pierres de taille qui ont servies à leur construction proviennent des carrières de Talant. L'aspect général de la place a très peu changé depuis le milieu du XIX ème siècle et forme un ensemble qui ne manque pas de caractère.

On peut noter aussi qu'en 1880, les fossés bordant la rue Neuve (l'actuelle rue de Verdun) sont remplacés par des trottoirs.

 

Joseph Magnin

 

VI - Les grandes familles brazéennes :

Le développement économique de Brazey est lié à l'installation, dans la commune, au cours du XVIII ème siècle, de riches familles dont la fortune est d'abord liée à la terre puis à l'industrie. Elles doteront aussi le bourg de belles constructions.

La famille Magnin-Philippon :

En 1746 Pierre Philippon, riche propriétaire terrien fait construire le « Château Magnin». Comme on l'a vu, la famille Philippon est à l'origine de la vocation industrielle de la cité avec le développement des forges et de la fonderie. A la suite du mariage de l'héritière de la famille Philippon, le patrimoine revient à la famille Magnin dont Joseph en est le membre le plus illustre.

Joseph Magnin, né en 1824, reprend la direction des forges et de la sucrerie familiales. Fervent républicain, il entame une carrière politique et s'oppose à Napoléon III. Il est élu député de la Côte d'Or en 1863 puis en 1869. A l'avènement de la III ème République, en 1870, il est nommé ministre du commerce et de l'industrie et a notamment en charge l'alimentation de la population lors du siège de Paris par les prussiens. Il devient ensuite président du Conseil général de le Côte d'Or en 1871 et conservera ce poste jusqu'à sa mort, c'est à dire pendant près de trente huit ans ! En 1875 il est élu sénateur inamovible et entre au gouvernement comme ministre des finances. De 1881 à 1897 il est nommé par Gambetta, gouverneur de la Banque de France et de 1884 à 1901, vice-président du Sénat. Joseph Magnin fut l'un des hommes les plus influents de la IIIème République. Il meurt en 1910 et est enterré dans le caveau familial au cimetière de Brazey.

Le monument commémoratif de Joseph Magnin, en marbre de Paros, œuvre du sculpteur dijonnais Paul Gasq, a été inauguré le 16 juin 1912 par Raymond Poincaré alors Président du Conseil. Installé initialement sur la place de la mairie, il a été amputé de ses éléments décoratifs en bronze par les allemands lors de la seconde guerre mondiale. Il est maintenant installé dans le parc Magnin.

Le château et surtout le superbe parc « à l'anglaise »de 5,5 hectares ont été légués à l'Etat par les enfants de Joseph Magnin. Laissé pratiquement sans entretien pendant de nombreuses années, le domaine a été acquis par la commune en 1972.

Les familles Bonniot de Salignac et Pottecher :

La construction du « château Pottecher », vaste demeure du XIXème siècle édifiée dans un parc de trois hectares et demie, est due à Pierre-Abraham-Jules Bonniot de Salignac. Ce magistrat gascon épouse en 1834 Laure Philippon et entre dans la famille Magin-Philippon. Après sa mort en 1883, le château est acquis par Charles Pottecher, riche avocat parisien qui lui donne son nom.

La famille Dumesnil :

Le premier « château Dumesnil » a été édifié au XVIII ème siècle ainsi que l'atteste son pigeonnier datant de cette époque. Il était la propriété de la famille du Mesnil, anoblie à la fin de l'Ancien régime.

A la révolution, Jean-Baptiste Jobard du Mesnil est républicain, capitaine de la Garde Nationale. Il est ensuite fait baron par Napoléon Ier.

L'actuel château Dumesnil a été transformé radicalement au début du XIX ème siècle par le b aron Eugène du Ménil, fils de Jean-Baptiste, magistrats, passionné d'astronomie et d'égyptologie. Le bâtiment est un curieux mélange de style classique et oriental. Il fut acquis par la commune en 1904.

La chapelle mérite attention puisqu'elle a été classée monument historique en 2007. Elle est également, comme le château, d'un style éclectique, improbable mélange d'éléments néo-gothiques, renaissances et égyptiens (colonnes papyriformes notamment). Elle ne manque cependant pas de grâce et d'élégance. Le « clos Guenot » qui fait face au château faisait également partie de la propriété Dumesnil, il comporte notamment un observatoire astronomique en forme de tour construite par Eugène Dumesnil.

La famille Marchal et la « société cotonnière » :

Alfred Marchal, propriétaire d’une filature à Ban de la Roche près de Sainte Marie aux Mines, quitte l’Alsace occupée par les Allemands en 1871. Entre 1897 et 1899, il fait construire un ensemble industriel dans les communes de Trouhans et de Brazey (filature de coton à Trouhans, tissage à Brazey) : la « Société Cotonnière ». La Société Cotonnière produit essentiellement de la gaze pour les pansements (la « singalette »).

Selon Rémy-Joseph François (« Histoires et autres histoires de ma campagne bourguignonne » -librairie Guénégaud éd. – 1979) « les habitants voient … sans déplaisir s’installer … une nouvelle industrie dont les activités n’ont aucun rapport avec l’agriculture ». Il poursuit : « Celle-ci a besoin d’une nombreuse main d’œuvre qu’elle recrute, autant que faire se peut, sur place, enlevant des bras à la terre et créant ainsi au village le premier noyau d’ouvriers qui, peu à peu, et de plus en plus s’éloigneront de l’agriculture pour former une nouvelle classe sociale. L’unité de vocation agricole qui avait prévalu jusqu’alors aura vécu ». Il précise : « « A vrai dire, l’implantation de la nouvelle usine apporte à l’économie brazéenne plus d’avantages que d’inconvénients ». 

Comme le rappelle Monique François (arrière petite cousine d’Alfred Marchal) dans son  ouvrage « histoire et généalogie de Ban de la Roche » (que l’on peut consulter sur internet http://badonpierre.free.fr/salmpierre/mfrancois.html) Alfred Marchal peut être considéré comme le type même du patron paternaliste s’estimant  responsable du bien-être de ses ouvriers en contrepartie de quoi ils lui doivent respect et obéissance. Il faut souligner que le paternalisme est le mode de "management " en vogue dans les grandes entreprises familiales du début du XXème siècle. Au sein même de leurs entreprises, les patrons développent toute une infrastructure en faveur de leurs ouvriers : écoles, commerces, hôpital, cités ouvrières, jardins familiaux, églises même. C’est le cas des Wendel en Lorraine, des Michelin à Clermont-Ferrand ou des Schneider au Creusot.

A Brazey, Alfred Marchal développe, dans l’enceinte de l’usine, une  « pension » pour accueillir et nourrir des orphelines, (contre retenue sur leur paie note Monique François) et une infirmerie dotée notamment d’une sage-femme. Dans le village, la société cotonnière gère une coopérative et une boucherie permettant aux ouvriers d’acheter des produits moins chers.

De même, la Société Cotonnière logeait les familles de ses ouvriers notamment dans la cité ouvrière qui existe toujours rue du Tissage ; elle les meublait aussi. Ces avantages constituaient un paiement en nature en complément d’un salaire modeste. Etre logé par « la cotonnière » constituait un privilège considérable pour les employés.

Alfred Marchal emploie aux postes de direction, des membres de sa famille, c’est le cas de Théodore Senninger, cousin d’Alfred, qui est le directeur de l’usine de Brazey.

La Société Cotonnière traverse les deux Guerres Mondiales grâce à sa production de gaze à pansement. Après la disparition de son fondateur en 1954, elle se transforme en « Nouvelle Société Cotonnière de la Côte d’Or », dirigée par son fils Edouard Marchal jusqu’en 1968. La société rencontre ensuite des difficultés financières et est reprise en 1974 par la société Texor qui sera elle-même mise en liquidation judiciaire en 1996. La faillite de cette entreprise a constitué un drame économique pour la commune de Brazey et la fin d’un mode de vie pour les familles brazéennes.

En savoir plus : Biographie de Joseph Magnin sur le site du Sénat