2ème Guerre Mondiale (Avion Anglais)
Le 10 mars 1944, un bombardier anglais tombe à Brazey en Plaine.
Sources : Résistance en Côte d'Or (Tomes 2 et 3). Bien Public du 02/05/05 Gilles Hennequin. En vente chez l'auteur : 14 rue Haute. 21270 Heuilley sur Saône.
Mise en ligne avec l'autorisation de l'auteur en décembre 2004. Complément en mai 2005 JM Buttard
Le 10 mars 1944, un bombardier anglais (Paul Reuillon précise : un Stirling III du 90ème Squadron, basé à Tuddenham) bourré d'armes, tombe à Brazey en Plaine atteint par un chasseur de nuit allemand basé à Dijon - Longvic..
Il allait ravitailler les maquis de Haute-Savoie.
Il était bourré d'armes dont les restes furent récupérés par les Allemands en même temps que la carcasse de l'appareil. Six aviateurs tués sont enterrés à Brazey :
- P /O. J. Armstrong, mitrailleur R.A.F. ; 54454
- sergent L. A. Bolt, mitrailleur R.A.F 1318081
- sergent F. T. Huxen, opérateur radio/mitrailleur R.A.F. ,1337245
- squadron leader T. S. R. King, pilote R A.F. 37857
- sergent D. M. Murphy, mécanicien R.A.F., 1622939
- sergent W. F. Williams, bombardier R.A.F., 1320281.
Le navigateur, est le seul rescapé ; il s'agit de Tim SQUANCE qui est caché par des patriotes à Mailly la Ville et Saint Seine en Bâche avant de gagner Dole où les services anglais le rapatrient par l'Espagne.
L'auteur l'a retrouvé en Angleterre et il a accepté de témoigner.
Le rescapé du crash de Brazey en Plaine
(Article de Gilles Hennequin paru dans le BP du 02/02/05)
La manne tombait du ciel.
Le 10 mars 1944 vers 0 heure 20, un bombardier Stirling III du 90ème Squadron de la Royal Air Force décolle de la base de Tuddenham dans le Suffolk. Codé F et immatriculé LS509, sa mission est de ravitailler la Résistance Française en Haute-Savoie.
Comme on le sait, les parachutages étaient effectués en profitant de la clarté de la lune ; la lune de mars fut particulièrement néfaste aux aviateurs apportant leur manne : plusieurs bombardiers furent alors abattus dans notre région. Il faut dire que le mois de mars fut d'une intense activité : 21 opérations aériennes réussies et 24 ratées.
L'équipage du Stirling, très expérimenté, avait déjà effectué une dizaine de missions semblables, le navigateur en était même à sa 17ème sortie. L'avion est protégé par la couverture nuageuse annoncée par la météo. Mais alors qu'il arrive chez nous, les nuages se déchirent.
Survolant le secteur de Brazey, à environ 600 mètres d'altitude, le bombardier est soudain touché par le tir d'un chasseur de nuit allemand, sans doute basé à Dijon-Longvic.
Les mitrailleurs anglais n'ont pas eu le temps de tirer. Le pilote, son second et le bombardier probablement tués, l'avion prend feu et tombe en vrille.
Le navigateur Tim Squance, dont le pupitre a été détruit, réussit à gagner une issue de secours et se lance dans le vide. Il touche terre à environ 500 mètres de l'épave qui s'est écrasée au sol, après avoir évité le Canal de Bourgogne et une ligne à haute-tension. Un peu étourdi, il cache son parachute et s'éloigne aussi vite qu'il peut.
Le seul survivant sauvé par les Côted'Oriens.
Squance est le seul survivant : ses six camarades ont été tués et reposent aujourd'hui au cimetière de Brazey. Il part en direction de St Jean de Losne mais hésite à s'engager sur le pont, qu'il craint être gardé. Continuant son chemin, il se dirige sur Maillys la Ville et aperçoit une lumière. Il gratte à la porte de la famille Moutrille et lance en français : « Aviateur anglais tombé ». Il est accueilli et dira dans son rapport d'évasion avoir gardé un souvenir inoubliable de l'omelette que lui prépara Mme Moutrille. Puis Gabriel et René Moutrille lui font traverser la Saône en face de Laperrière, dans la barque d'un voisin.
Sqance marche jusqu'au hameau de St François, commune de St Seine en Bâche. La famille Arbère le conduit chez Albert Jannet où, exténué, il est hébergé pour la nuit. Jannet alerte les services anglais à Dole : l'agent Freddy vient chercher le fugitif et le cache au quartier des Orphelins à Dole. Une carte d'identité le présentant comme sourd-muet est établie.
Son rapatriement organisé, il part en disant à ses hôtes qu'il reviendra ? pour bombarder la Base Aérienne allemande de Tavaux (Jura).
Rapatrié grâce aux réseaux anglais.
Squance gagne l'Espagne via la région parisienne et les Pyrénées Orientales. De retour à Tuddenham le 10 mai, il retrouve avec l'émotion qu'on devine sa future femme Barbara qui, personnel féminin de la RAF, avait vécu en direct devant les cartes et la radio la tragédie du Stirling. C'est Barbara Squance qui a bien voulu recueillir par écrit, à l'intention de l'auteur de ces lignes, le récit de l'odyssée de Tim.
Le Maquis des Glières
Au moins 4 parachutages furent réussis en Haute-Savoie dans la nuit du 10 au 11 mars 1944, dont un pour le maquis des Glières (message : le petit homme aime le Byrrh). Hélas, l'avion de Squance ne fut pas le seul à être abattu cette nuit-là, et quand quelques jours plus tard la Division allemande de Montagne 157 attaqua le plateau des Glières, les armes, et surtout les armes lourdes perdues lors des crashs leur manquèrent cruellement. Le Maquis eut de nombreux tués.
Les cérémonies de commémoration du 8 mai sont chaque année l'occasion de rendre hommage à tous ces hommes morts pour combattre le nazisme. C'est pas moins d'une quarantaine d'aviateurs anglais (à peu près tous volant sur des bombardiers), qui trouvèrent la mort dans notre département, entre 1942 et 1944).