1530, Histoire d’un différend entre Brazey et Montot

En 1530, messire Bénigne Morelot étant curé de Brazey et Montot, un différend surgit entre ce dernier et les habitants de son annexe paroissiale.

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Article proposé par Bruno Thiebergien (Août 2003)

Mercredi des Cendres Histoire d'un différend...

Cette anecdote, outre son intérêt historique, a le mérite d'être rigoureusement authentique...

La voici, telle que l'a contée l'abbé Bonnardeau, curé de Brazey et de Montot de 1821 à 1826, dans des notes qu'il a laissées. "Cette difficulté s'éleva à propos de la cérémonie des Cendres de l'année 1530, pour laquelle, sans doute, Messire Morelot n'avait pas cru devoir se rendre à son annexe. Les habitants de Montot, mécontents d'avoir été privés de cette cérémonie, protestèrent auprès de leur curé: ils prétendaient que de temps immémoriaux le curé ou l'un de ses vicaires (sans doute la cure de Brazey avait-elle plusieurs vicaires à cette époque), était toujours allé à Montot pour donner les Cendres. Messire Morelot, qui ne connaissait ni ordonnance de l'autorité ecclésiastique, ni condition établie entre les curés et Montot qui l'y obligeât, soutenait de son côté que les fidèles de cette annexe devaient se rendre à Brazey pour les Cendres, les bénédictions de buis et même les processions des Rogations; il alla jusqu'à leur contester le droit d'avoir le dimanche une messe chantée...

Ces querelles sont en général assez longues et celle-ci durerait peut-être encore si le greffier Demorsey, nommé et envoyé sur les lieux, sans doute à la demande de l'une des parties, en qualité de commissaire par la cour du Baillage de Dijon, n'eut tranché la difficulté en faisant droit à la requête des habitants de Montot. L'usage eut alors pour eux force de loi et du moment que les prédécesseurs de Messire Morelot s'étaient de tous temps transportés à Montot pour les cérémonies des Cendres et autres, il fut décidé que le curé se conformerait à l'usage anciennement établi.

Il est bien probable que sans l'existence de ce différend, anodin en lui-même, le nom de Messire Morelot ne serait pas parvenu jusqu'à nous. D'ailleurs, l'abbé Bonnardeau, qui a consulté des archives maintenant disparues, a pris soin de faire connaître qu'il n'a rien trouvé dans ces archives d'antérieur au récit de ce différend"...

Le mercredi des Cendres dans la religion catholique.

Jusqu'au VIIème siècle, le Carême commençait le dimanche de la Quadragésime (quadragesima dies, le quarantième jour) avant Pâques. Mais en tenant compte des dimanches pendant lesquels le jeûne était interrompu, le nombre de jours de Carême effectif jusqu'à Pâques se trouvait inférieur à quarante...

Pour rester fidèle à ce chiffre (quarante ans de traversée du désert par les Hébreux, quarante jours de jeûne du Christ dans le désert...) on avança le début du Carême au mercredi précédent le dimanche de la Quadragésime: le mercredi des Cendres. Si le symbolisme attaché à la cendre dans l'ancien testament fait référence à "la représentation à la fois du péché et de la fragilité de l'homme", "se couvrir de cendre, c'est exhaler sa douleur au sein de l'épreuve", "c'est aussi manifester sa conscience et son regret du péché, et signifier son espérance dans la miséricorde de Dieu".

C'est pourquoi au cours de la célébration du mercredi des Cendres, le front du clergé et des fidèles est marqué d'un peu de cendres; en même temps le célébrant leur rappelle "qu'ils ne sont que poussière" et doivent s'employer à trouver Dieu par la conversion. Ainsi est souligné le sens de la période de Carême qui s'ouvre, tout entière orientée vers l'esprit de pénitence, donc de retour sur soi et de conversion... Si l'église, temps modernes obligent, a allégé les obligations de jeûne et d'abstinence, elle continue de demander aux fidèles de s'y conformer au moins le mercredi des Cendres et le vendredi saint, les autres jours de Carême devant à tout le moins rester une période de renoncement volontaire, d'ouverture à Dieu et à autrui...